Colloque Listes rouges de la Faune menacée du Grand Est: des élu(e)s en voie de disparition!
20 octobre 2026
LOANA comme les autres associations naturalistes du Grand Est aurait apprécié que les élu(e)s puissent entendre le plaidoyer ci-dessous et les 9 autres concernant les 10 propositions associatives prioritaires à mettre en œuvre pour enrayer le déclin du vivant dans le Grand Est!
Pour autant, alors qu'ils ont tous et toutes été cordialement invités à participer au colloque de restitution des listes rouges de la faune menacée du Grand Est par la fédération naturaliste ODONAT Grand Est, aucun élu n'était présent !(sauf une élue écologiste intermittente présente le matin...)
6 ans de travail , 6 ans de groupe de travail, de concertation, de réflexion, d'analyse pour qu'à la fin la restitution des 12 listes rouges pour le Grand Est ne soient présentées qu'à une seule élue écologiste
Comment est-il possible que ces listes rouges puissent servir de leviers et d'outils d'action à la sphère politique si celle-ci s'en désintéresse outrageusement? Car les Listes rouges ne sont pas un point final ; elles sont en théorie un point de départ. Elles doivent nous aider à transformer la connaissance en décisions cohérentes et en actions concrètes!
En espérant que certain(e) élu(e) scrollent sur facebook et que ce post soit vu comme un post à la mer, voici l'allocution préparée (avec son coeur) par LOANA lors de ce dernier colloque:
C’est dans la nature de l’homme occidentale que de de posséder, de compter, de ranger, de classer (toi tu vas être une espèce parapluie), de colorer (toi tu vas être une espèce menacée) ! il y’a ici quelque chose de rassurant pour l’homme, un sentiment de satisfaction, de maîtrise qui nous conforte dans notre place d’animal supérieur.
Et c’est ainsi depuis Darwin & Audubon pour tout ce qui touche aux espèces !
En somme, les listes rouges ne sont que le reflet de notre nature humaine et une parfaite illustration de ces listes à la prévert où toute espèce est bien rangée, classifiée dans sa catégorie.
On affiche ici telle des cartes « pokémon » le degré de rareté et de patrimonialité des espèces par des occurrences, des effectifs, des tendances, des chiffres et encore des chiffres.
On se félicite, on se tape dans le dos et on se plaît à croire que ces statuts d’une révision de liste rouge à l’autre depuis 1966 (année des premières listes rouges) serviront la cause de la conservation des espèces.
Vous allez me dire, rhooo dit dont, il y va fort quand même le râleur de LOANA.
Alors laissez moi juste vous compter un petit bout de ma vie de naturaliste et peut-être comprendrez vous un peu le trait satirique que je porte aujourd’hui.
Si je me replonge 40 ans en arrière, je vois encore en moi ce petit garçon de 6 ans qui trainait partout son album panini du WWF dans lequel je m’amusais à coller, décoller, recoller les espèces sur les scénographies d’habitats des différents continents présents en double page. Cet album panini a été je pense pour moi l’élément déclencheur à cette passion viscérale pour l’étude et la préservation du vivant.
Il était pour moi ma bible de chevet.
Dans cet album, je jouais à l’envie et rêvais avec l’éléphant d’Afrique, le Rhinocéros de java, l’orang-outang de sumatra, le diable de tasmanie, l’Oryx d’arabie, le cerf du père David, la gazelle dama, le Tamarin Lion doré, le jaguar d’Amazonie. Une vaste poésie…
Chaque espèce avait sa place au chapitre de la vie sur ces doubles pages scénographiques d’habitats.
40 ans après, j’ai retrouvé ce vieil album défraîchi, rongé par le temps et surtout l’usure des voyages de mon enfance dans un vieux carton du grenier de la demeure familiale…
Curieux, ému et amusé ! Je me suis revu enfant. J’ai rouvert cet album et me suis mis à redécoller avec le même rituel enfantin les espèces.
Puis en bon humain sorti de l’enfance, en adulte classificateur et ordonné, j’ai commencé à ne décoller que celles que je savais aujourd’hui en bon état de conservation.
Cet exercice m’a finalement très vite angoissé avec des paysages des différents continents désespérément vides. J’ai vécu la réouverture de cet album comme celle d’une boite de pandore.
J’ai ainsi pris en en pleine face mes 40 ans de vie de naturaliste, dont une grande partie en Lorraine ! J’ai vécu et vis la disparition « en live », du Cochevis huppé, du Lynx d’Europe, de la Vipère aspic, de la Pie-grièche grise, de la Grenouille rousse, du Putois d’Europe, du Cuivré des marais , du Damier de la succise, du Râle des genêts, du Pélobate brun, du Grand tétras etc.
Dans cet album WWF, comme dans les listes rouges qui vous sont présentées aujourd’hui et que nous avons collectivement pris la peine de réaliser, grouillent en fait en lecture filigrane les pires maux de notre humanité, les pires maux de ce que nous sommes capables de faire subir au vivant.
Je ne connais pas ici de symbole plus émouvant qui devrait nous forcer à réagir avec discernement vis-à-vis des pressions et menaces que nous engendrons.
Pour ne prendre qu’un exemple car le temps m’est compté
pour les oiseaux en Grand Est
17 espèces d’oiseaux ont un statut de conservation menacé sur la liste rouge du Grand Est :
Sur ces 17 espèces, 11 sont à associer aux zones humides et sont chassables en France
Sarcelle d’hiver : CR (en danger critique)
Canard souchet : CR
Nette rousse : VU
Fuligule milouin : VU
Fuligule morillon : VU
Bécassine des marais : CR
Courlis cendré : CR
Oie cendrée : VU
Canard chipeau : VU
Sarcelle d’été :CR
Oie de la taïga : VU
Oie rieuse : VU
Pour ces espèces citées, les pressions et menaces sont connues de longue date et sont de deux ordres :
la destruction - dégradation des zones humides et la destruction directe des espèces.
Pour autant en France, environ la moitié des zones humides ont disparu entre 1960 et 1990 ; la régression a ralenti depuis, mais 52 % se sont dégradées entre 2000 et 2010 et 41 % des sites emblématiques se sont dégradés entre 2010 et 2020.
Côté chasse. La France est le pays d’Europe ayant le plus grand nombre d’espèces chassées (64).
4 lettres : CQFD
on sait depuis longtemps ce que doivent en conscience dicter nos actes et notamment ceux liés à la réglementation.
Pour conclure mon discours : j’aimerais reprendre avec l’urgence solennelle dans laquelle nous sommes, les mots d’une géante de la conservation qui nous a quitté récemment et qui j’espère résonneront un jour à l’unisson en chacun de nous :
Jane Goodall a dit : Je regarde le monde derrière moi
Quel message, je veux laisser ?
Chacun de nous à un rôle à jouer.
Notre vie compte et nous sommes tous ici pour une raison,
J’espère sincèrement que cette raison se révélera à vous au cours de votre vie,
Chaque jour que vous vivez, vous pouvez faire une différence dans ce monde
Et vous pouvez choisir la différence que vous faîtes.
Je veux que vous compreniez que nous faisons partis du monde naturel
Et même aujourd’hui alors que la planète est sombre
Il y’a toujours de l’espoir
Alors, Ne tuez pas l’espoir.
Et je rajouterais à ce magnifique texte si vous me le permettez :
Place aux actes en consciences !
Ayons le courage de nos actes !
Changeons de paradigme dans bien des domaines
Et Soufflons sur les braises du vivant tant qu’il en est encore temps…